Responsable de la sauvegarde et vous ne savez pas par où commencer ? Retour d'expérience en fédération
On vous a confié la sauvegarde dans votre club ou votre fédération, et vous vous demandez par où commencer. Cette situation est familière à Actitude 360. Pendant plusieurs années, sa fondatrice a occupé le rôle de safeguarding officer dans une fédération nationale. Une politique existait déjà, mais elle restait très théorique et peu de choses avaient été mises en action : il fallait la faire vivre, et le travail est reparti presque d'une page blanche. Voici ce qui a été mis en place, dans l'ordre où cela a été fait, et ce qu'il faut en retenir pour toute personne qui démarre. Ce programme n'était qu'un début, et c'est justement pour cela qu'il peut vous être utile : il montre ce qu'on peut bâtir en partant de peu.
Sommaire
1. Donner un nom et une intention au programme
La première étape a été de reprendre la politique existante et d'écrire, en quelques phrases, pourquoi le programme existait. Le sport est une chance : il permet de garder la forme, de travailler en équipe, d'apprendre à rester concentré et, avant tout, de s'amuser. Des comportements abusifs ou inappropriés peuvent pourtant survenir et transformer ces moments de plaisir en expériences effrayantes et isolantes. Le programme, baptisé Safe Together, avait donc un objectif simple à formuler : garantir la sécurité et le bien-être des mineurs et des adultes à risque dans toutes les activités organisées sous la supervision de la fédération, et soutenir les clubs dans l'adoption des meilleures pratiques pour protéger leurs sportifs, afin que le sport reste un plaisir pour toutes et tous.
Le nom comptait autant que l'intention. « Safe Together » disait que la sauvegarde est l'affaire de tous, et non celle d'une seule personne ou d'un seul service. Ce choix a guidé tout ce qui a suivi : chaque outil devait permettre à quelqu'un d'autre de s'emparer du sujet.
Ce qu'il faut en retenir. Avant tout outil, il faut un texte court, validé par la direction, qui dit à qui s'adresse le programme, ce qu'il protège et ce qu'il promet. Ce texte deviendra l'introduction de votre politique de sauvegarde, et il vous servira de boussole à chaque fois qu'on vous demandera pourquoi vous faites tout cela.
2. Le rendre visible : la campagne du trait rouge
Un programme que personne ne connaît protège peu de monde. Plutôt que d'inventer un nouveau symbole, le choix a été de relier le programme à une campagne qui existait déjà : le trait rouge. Le week-end des 5 et 6 avril 2025, tous les acteurs de la discipline, amateurs et professionnels, ont été invités à porter un trait rouge sur la joue pendant les rencontres. Cette marque reconnaissable était le signe d'un engagement commun contre la violence, sous toutes ses formes, dans le sport, et le programme Safe Together en est devenu le prolongement concret.
Les équipes nationales ont prêté leur image à la campagne. Leur soutien a montré que le sujet concernait tout le monde, du club de village à l'élite, et il a donné au message une portée qu'un service seul n'aurait jamais obtenue.
Ce qu'il faut en retenir. Une campagne réussie tient à trois choses : un geste que chacun peut faire sans matériel ni budget, une date unique qui crée un rendez-vous, et des visages connus qui portent le message. Et lorsqu'une campagne existe déjà dans votre organisation, la relier à votre programme vaut souvent mieux que d'en lancer une nouvelle. Vous pouvez reproduire cette mécanique à l'échelle d'un club ou d'une fédération, avec vos propres figures.
3. Former un premier cercle
La fédération disposait déjà d'un atout précieux : un groupe de « coachs inclusion », formés à la lutte contre le racisme et toute forme de discrimination, et habitués à animer des ateliers pour différents acteurs du sport. Plutôt que de recruter de nouveaux formateurs, ils ont été invités à se former à leur tour à la sauvegarde et à donner la formation Safe Together. Ce réseau existant a permis de diffuser la formation très rapidement, bien plus vite qu'en partant de zéro.
Cette formation de base, axée sur la sauvegarde, était conçue pour les équipes de jeunes et leur encadrement, avec pour objectif de sensibiliser les participants. Elle reposait sur des questions interactives qui plaçaient les participants dans des situations concrètes, pour comprendre le concept de consentement, reconnaître les comportements abusifs ou inappropriés, et apprendre à réagir en tant que témoin ou victime de tels comportements. Les solutions et conseils fournis visaient un environnement sûr et bienveillant, où chacun peut pratiquer sans crainte.
Ce qu'il faut en retenir. Cherchez d'abord les relais qui existent déjà dans votre organisation : des personnes formées à un sujet voisin, comme la lutte contre les discriminations, sont souvent prêtes à élargir leur rôle à la sauvegarde. Former des formateurs multiplie votre portée : une seule personne ne peut pas sensibiliser des centaines de clubs, mais elle peut préparer vingt personnes qui le feront. Et la formation qui marque les esprits part de situations vécues, pas de définitions. Notre boîte à outils en 5 étapes détaille comment organiser cette étape dans un club.
4. Toucher plus large : le quiz et les ambassadeurs
La formation touchait ceux qui y participaient. Pour aller au-delà, un site internet a été créé avec un quiz interactif, « Mettons la violence hors-jeu », pensé d'abord pour les jeunes sportifs. En participant, chacun pouvait devenir ambassadeur ou ambassadrice du programme. Une fois le quiz complété, les participants étaient informés sur la définition des limites personnelles et du consentement dans le sport, sur les différentes formes d'abus et de comportements inappropriés, et sur le fait que toute personne, entraîneur, sportif, membre du personnel ou parent, peut être à l'origine d'un abus ou d'un comportement inapproprié.
En acceptant les engagements proposés, chaque ambassadeur promettait deux choses : agir avec bienveillance envers son entourage et traiter les autres avec respect, et chercher une personne de confiance en cas de problème ou de préoccupation.
Ce qu'il faut en retenir. Transformer le public en ambassadeurs change la nature du programme : les jeunes deviennent porteurs du message auprès de leurs pairs. Un quiz, un engagement en quelques lignes et un titre à afficher suffisent pour lancer cette dynamique. Actitude 360 a créé son propre quiz sur ce modèle : neuf situations adaptées à tous les sports, avec une explication et une définition à chaque étape, un engagement à cocher et un titre d'ambassadeur ou d'ambassadrice à la clé. Il est disponible librement sur ce site et vos jeunes peuvent le faire en une dizaine de minutes.
5. Nommer le consentement
Une vidéo, en français et en néerlandais, a été consacrée à un seul sujet : le consentement. Plutôt que de réinventer la roue, l'équipe s'est inspirée de ce que le Comité international olympique partage sur le consentement dans le sport à destination des athlètes ; avec son approbation, une vidéo pleine de sens a pu voir le jour, fidèle à des termes et à des définitions déjà éprouvés. Le consentement est un droit fondamental et une composante essentielle du parcours des jeunes sportifs. Le message tenait en trois phrases. Le consentement ne peut pas être forcé. Il peut être retiré à tout moment si l'on ne se sent pas à l'aise. Chacun est maître de ses limites personnelles.
Ce qu'il faut en retenir. Choisir un seul concept et le répéter partout vaut mieux qu'une liste exhaustive que personne ne retient. Et pour les termes et les définitions, appuyez-vous sur les références qui existent déjà, comme celles des instances internationales : elles sont solides, reconnues, et vous font gagner un temps précieux. Le consentement est le bon candidat : il concerne tout le monde, il se comprend à tout âge, et il se relie naturellement aux codes de conduite et aux règles sur les images et les réseaux sociaux.
6. Offrir un point de signalement
Le programme mettait l'accent sur la prévention et encourageait chacun à parler de ses préoccupations avec une personne de confiance. Lorsque cela n'était pas possible, un point de signalement confidentiel prenait le relais. Ce service offrait un accompagnement aux personnes ayant besoin d'aide et permettait de signaler toute préoccupation concernant un possible abus ou comportement inapproprié, en toute confidentialité.
Ce qu'il faut en retenir. Le point de signalement est la pièce à mettre en place en premier, parce que c'est celle qui protège réellement quelqu'un le jour où il en a besoin. Il demande peu de moyens : une personne identifiée et joignable, un formulaire, une procédure écrite pour ce qui se passe ensuite. Notre modèle « Réagir en cas de problème » contient les deux.
7. Outiller les clubs
La dernière pièce du programme était une boîte à outils pour les clubs, un guide conçu pour les aider à élaborer et à mettre en œuvre leur propre politique de sauvegarde : encourager la prise de responsabilités, réaliser une auto-évaluation de leurs politiques et plans d'action, et soutenir les entraîneurs, encadrants et bénévoles dans l'application des mesures de sauvegarde. Cette boîte à outils était encore en construction lorsque cette collaboration s'est achevée.
C'est ce chantier qu'Actitude 360 a repris, en le rendant utilisable par toute organisation sportive, quelle que soit sa discipline. Le résultat est aujourd'hui en accès libre sur ce site : un auto-diagnostic gratuit pour situer son organisation, un parcours en cinq étapes pour mettre en œuvre une politique, et des modèles Word pour chaque document dont un club a besoin.
8. Par où commencer, concrètement
Avec le recul, voici l'ordre que nous recommandons à une personne qui prend en charge la sauvegarde dans son organisation, qu'il s'agisse d'un club ou d'une fédération.
- Situez votre organisation. Avant d'écrire quoi que ce soit, faites le point sur ce qui existe déjà. L'auto-diagnostic prend quelques minutes et vous donne vos priorités.
- Écrivez l'intention et faites-la valider. Quelques phrases sur qui vous protégez et ce que vous promettez, adoptées par votre comité ou votre conseil d'administration. Le canevas de politique de sauvegarde vous guide chapitre par chapitre.
- Ouvrez un point de signalement. Une personne de référence identifiée, un formulaire, une procédure écrite : c'est ce qui protège réellement quelqu'un dès demain.
- Fixez les règles du jeu. Un code de conduite signé par les encadrants et les sportifs, une procédure de recrutement sûr, des règles claires pour les vestiaires, les déplacements et les images.
- Formez un premier cercle. Les personnes qui encadrent au quotidien, puis celles qui pourront former à leur tour.
- Rendez tout cela visible. Un symbole, une date, des visages : votre communauté doit savoir que le programme existe et comment demander de l'aide.
- Mesurez et recommencez. Une évaluation des risques chaque année, et des priorités révisées à chaque saison.
Ce qui avait été construit en fédération n'était qu'un début, et chacune de ces étapes peut se franchir à l'échelle d'un club avec des moyens modestes. Ce qui compte est de commencer par la bonne pièce, celle qui protège quelqu'un, et de bâtir le reste autour.
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