Sustainability Officer sur un tournoi international : retour d'expérience de l'EURO féminin U19 2023
Du 18 au 30 juillet 2023, la Belgique a accueilli l'EURO féminin U19 de l'UEFA : cinq journées de compétition, huit équipes nationales, quatre stades (Louvain, La Louvière, Bruxelles et Tubize) et 15 135 spectateurs. J'y ai exercé le rôle de Sustainability Officer au sein du comité d'organisation local, avec une mission particulière : ce tournoi servait de pilote au nouveau système de management ESG de l'UEFA. Voici ce que j'y ai fait concrètement, ce que les chiffres ont montré, et ce que j'en retiens pour tout organisateur d'événement sportif.

Sommaire
- Le contexte : un tournoi pilote pour l'UEFA
- Construire l'outil d'évaluation : 48 indicateurs
- L'évaluation sur site : observer, interroger, mesurer
- Les activations : faire vivre la durabilité pendant le tournoi
- L'empreinte carbone : 683 tonnes, et surtout des enseignements
- Les résultats : 58 %, bien au-delà du niveau requis
- Ce qui a bien fonctionné, ce qui reste à améliorer
- Ce que j'en retiens pour tout organisateur
- Ce que nous avons recommandé à l'UEFA
1. Le contexte : un tournoi pilote pour l'UEFA
L'UEFA développait à l'époque un ESG Management System, un outil destiné à aider les organisateurs de ses compétitions à améliorer leur performance environnementale, sociale et de gouvernance, avec des exigences minimales par type d'événement. La fédération belge a accepté de le tester grandeur nature sur l'EURO féminin U19, et d'en faire en même temps un laboratoire pour ses propres événements : l'objectif était d'en sortir avec un outil d'évaluation réutilisable, des équipes formées et une première mesure d'impact, afin d'être autonome pour les rencontres suivantes.
Le rôle de Sustainability Officer, dans ce cadre, couvrait quatre volets : construire l'outil de mesure, évaluer le tournoi sur le terrain, coordonner les activations de responsabilité sociale, et produire le rapport final avec des recommandations. Nous étions accompagnés par The Shift, le réseau belge d'organisations engagées pour la durabilité, dont un expert a participé aux évaluations.
2. Construire l'outil d'évaluation : 48 indicateurs
La première étape a consisté à transformer les indicateurs du système UEFA en une grille d'évaluation adaptée au contexte belge. Nous sommes partis de la liste UEFA, nous l'avons complétée d'éléments spécifiques au pays et d'indicateurs issus d'évaluations expertes menées sur d'autres événements sportifs, et nous avons attribué à chaque indicateur un facteur d'impact (élevé, moyen, faible) pour permettre la priorisation. Le résultat : 48 critères répartis en trois piliers, 24 pour l'environnement, 14 pour le social et 10 pour la gouvernance.
Le principe de notation est simple : chaque critère est évalué « oui », « partiellement » ou « non », et le poids de son facteur d'impact donne le nombre de points. Une seule feuille consolide les résultats pour l'ensemble de l'événement, avec un tableau de bord par pilier. Cette grille est devenue le modèle d'évaluation des événements suivants de la fédération.

3. L'évaluation sur site : observer, interroger, mesurer
Pendant le tournoi, les 48 critères ont été évalués dans les quatre stades par trois moyens complémentaires :
- l'observation, menée par l'expert et par les ambassadeurs bénévoles du programme « Because We Care », qui parcouraient les stades avec la grille en main ;
- des entretiens avec les responsables des sites et de l'organisation ;
- une enquête auprès des spectateurs (104 réponses) sur leurs modes de déplacement, leur perception des mesures de durabilité et leurs attentes.
Ce dispositif a un mérite que je recommande à tout organisateur : il donne une photographie objective, stade par stade, plutôt qu'une impression générale. Et il révèle les écarts entre sites, qui sont souvent la vraie information.

4. Les activations : faire vivre la durabilité pendant le tournoi
Mesurer ne suffit pas ; un tournoi est aussi une occasion de sensibiliser des milliers de personnes. Plusieurs activations ont été déployées avec les bénévoles Because We Care :
- un concours « Trouve les 17 actions Because We Care » dans les stades, autour de dix-sept gestes simples allant du respect des autres et de la protection des jeunes supporters au tri des déchets, à la bouteille réutilisable, au covoiturage et aux options végétariennes ;
- un Foot Festival inclusif, pour que des joueurs amputés, à mobilité réduite ou en situation de handicap mental participent activement au football, dans une logique de cohésion sociale ;
- l'implication de bénévoles issus du programme d'accueil des réfugiés de la fédération, pour favoriser l'inclusion et l'échange culturel ;
- un service d'audio-description pour les supporters malvoyants et non-voyants lors de la finale, assuré avec l'organisation Inter ;
- la sensibilisation des supporters au plan d'action contre le racisme et la discrimination, avec un point de signalement pour les victimes et les témoins ;
- l'intégration des 3 × 11 actions « Respect » de l'UEFA dans les contrats des bénévoles, un module d'introduction à la durabilité pour le personnel, et la nomination d'un responsable de la protection des enfants et des jeunes pour le tournoi.




Ce dernier point illustre quelque chose qui m'est cher : la durabilité d'un événement, ce n'est pas seulement les déchets et l'énergie. La sécurité des jeunes participants et l'inclusion des publics en font partie à part entière, et le système de l'UEFA les évalue d'ailleurs dans son pilier social.
5. L'empreinte carbone : 683 tonnes, et surtout des enseignements
Le bilan carbone du tournoi, calculé sur toutes les activités financées, contrôlées ou influencées par l'organisateur, s'élève à 683,4 tonnes de CO₂, soit environ 30 kg par spectateur. Pour situer, c'est l'équivalent de la consommation annuelle de 73 Belges, et un ratio comparable à d'autres événements de jeunes (19 kg par spectateur aux Jeux olympiques de la jeunesse de Lausanne 2020, contre 94 kg pour un événement mondial). Le chiffre global compte moins que ce qu'il révèle :
- les spectateurs représentent 67 % de l'empreinte, avec plus de 600 000 km parcourus en voiture (104 tonnes) ;
- 60 % des émissions proviennent d'activités non financées par l'organisateur, donc plus difficiles à influencer directement, ce qui plaide pour des mesures d'incitation (transports en commun, covoiturage) plutôt que de simples messages ;
- les équipes ont voyagé à plus de 100 000 km en car plutôt qu'en vols court-courriers, ce qui a nettement réduit leur part ; à l'inverse, les vols de la délégation UEFA pèsent 56 % des émissions des officiels ;
- plus de 50 000 litres de bière consommés représentent 57 tonnes, soit plus de la moitié du poste restauration ;
- la signalétique à usage unique pèse 70 % du poste matériaux (70 tonnes).
La leçon la plus utile est peut-être méthodologique : les données nécessaires au calcul ont été difficiles à collecter, parce que personne n'en avait la responsabilité explicite en amont. Décider avant l'événement qui collecte quoi (repas, nuitées, kilomètres, budget signalétique) est la condition d'un bilan fiable.
6. Les résultats : 58 %, bien au-delà du niveau requis
Le tournoi a obtenu un score de 57,5 points, soit 58 %, là où l'exigence de l'UEFA pour un événement de jeunes est de 20 % (niveau 1 sur 5). Par pilier : environnement 22,5 points sur 52, social 19,5 sur 25, gouvernance 15,5 sur 23. Le pilote a donc dépassé les attentes, avec une performance particulièrement forte sur les aspects sociaux et de gouvernance, et une marge de progression nette sur la gestion et la mesure de l'impact environnemental.

7. Ce qui a bien fonctionné, ce qui reste à améliorer
Les points forts : des installations cyclables bien équipées et accessibles ; de nombreuses poubelles de tri et aucun déchet en dehors ; des possibilités de réutilisation et de recyclage des matériaux ; un parking suffisant et bien signalé pour les personnes à mobilité réduite, avec une navette pour les joueuses ; une tarification accessible (4 euros par rencontre pour un adulte) ; la diversité du personnel et des bénévoles, dont des réfugiés ; des outils clairs contre la discrimination ; l'audio-description lors de la finale ; le Foot Festival inclusif ; la formation du personnel et l'enquête auprès de plus de 100 spectateurs.


Les axes d'amélioration : aucune promotion active ni incitation à utiliser les transports en commun (au-delà d'un message sur le site web) ; un volume élevé de bannières et de signalétique à usage unique ; beaucoup de plastique à usage unique dans les zones de restauration, avec de fortes différences entre stades ; un accès difficile pour les personnes à mobilité réduite dans certains stades (rampes, obstacles, escaliers) ; des données très limitées pour le bilan carbone ; aucune communication publique des objectifs et des performances de durabilité de l'événement ; l'éclairage des stades utilisé en plein jour ; des goodies distribués dans les zones VIP.
8. Ce que j'en retiens pour tout organisateur
Ces enseignements dépassent le football et s'appliquent à tout tournoi, championnat ou événement sportif, quelle que soit sa taille.
- Fixer un niveau d'exigence avant l'événement. Savoir qu'un événement de jeunes doit atteindre 20 % donne un cap clair à toute l'équipe ; on sait pour quoi on travaille.
- Mesurer avec une grille, pas avec des impressions. Une quarantaine d'indicateurs pondérés, évalués sur site, suffisent pour objectiver et comparer d'un site à l'autre.
- Attribuer la collecte des données à des personnes nommées, dès la phase de préparation. C'est ce qui a le plus manqué, et ce qui coûte le moins à corriger.
- Agir sur ce qui pèse vraiment. Les déplacements des spectateurs et la signalétique à usage unique représentaient l'essentiel de l'impact ; c'est là qu'une incitation ou une décision d'achat change les chiffres, bien plus qu'un message générique.
- Traiter le social et la gouvernance avec le même sérieux que l'environnement. Accessibilité, inclusion, protection des jeunes, lutte contre la discrimination : c'est là que le tournoi a le mieux performé, parce que des actions concrètes avaient été préparées.
- Impliquer les bénévoles comme ambassadeurs. Les observateurs Because We Care ont à la fois alimenté l'évaluation et porté les messages auprès du public ; c'est un dispositif peu coûteux et très efficace.
- Rendre compte publiquement. L'absence de communication des objectifs et des résultats était l'un des points faibles du tournoi ; un rapport court et honnête aurait suffi, et c'est exactement ce que recommande aujourd'hui le playbook de l'UEFA sur le reporting de durabilité.

9. Ce que nous avons recommandé à l'UEFA
Le pilote s'est conclu par une réunion de retour d'expérience avec l'UEFA. Notre bilan : le système de management ESG est un outil pragmatique pour aider les organisateurs à progresser, et l'existence d'un niveau de référence par type d'événement guide clairement les comités locaux. Nos recommandations pour l'améliorer : consolider les indicateurs et uniformiser leur mode de mesure ; soutenir les comités d'organisation dans la collecte des données ; collecter et partager les résultats des événements précédents, pour la transparence et le partage de connaissances ; réfléchir à un système de notation standardisé et à la visualisation des résultats ; développer une formation d'introduction en ligne au système ; et envisager un modèle incitatif pour les événements. Plusieurs de ces pistes se retrouvent dans les outils que l'UEFA a publiés depuis.
Ce type de mission, de la conception de la grille d'évaluation au rapport final, en passant par la coordination des bénévoles et le bilan carbone, est précisément ce qu'Actitude 360 propose aujourd'hui aux organisateurs d'événements sportifs comme Sustainability Officer ou Safeguarding Officer.
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