Retour d'expérience

Sustainability Officer sur un tournoi international : retour d'expérience de l'EURO féminin U19 2023

Du 18 au 30 juillet 2023, la Belgique a accueilli l'EURO féminin U19 de l'UEFA : cinq journées de compétition, huit équipes nationales, quatre stades (Louvain, La Louvière, Bruxelles et Tubize) et 15 135 spectateurs. J'y ai exercé le rôle de Sustainability Officer au sein du comité d'organisation local, avec une mission particulière : ce tournoi servait de pilote au nouveau système de management ESG de l'UEFA. Voici ce que j'y ai fait concrètement, ce que les chiffres ont montré, et ce que j'en retiens pour tout organisateur d'événement sportif.

EURO féminin U19 2023 : cinq journées de compétition dans quatre stades belges.
EURO féminin U19 2023 : cinq journées de compétition dans quatre stades belges.

1. Le contexte : un tournoi pilote pour l'UEFA

L'UEFA développait à l'époque un ESG Management System, un outil destiné à aider les organisateurs de ses compétitions à améliorer leur performance environnementale, sociale et de gouvernance, avec des exigences minimales par type d'événement. La fédération belge a accepté de le tester grandeur nature sur l'EURO féminin U19, et d'en faire en même temps un laboratoire pour ses propres événements : l'objectif était d'en sortir avec un outil d'évaluation réutilisable, des équipes formées et une première mesure d'impact, afin d'être autonome pour les rencontres suivantes.

Le projet s'est d'abord construit entre l'UEFA et la fédération belge : ensemble, elles ont défini une stratégie et un plan d'action communs, autour d'objectifs partagés. Le rôle de Sustainability Officer, dans ce cadre, couvrait quatre volets : construire l'outil de mesure, évaluer le tournoi sur le terrain, coordonner les activations de responsabilité sociale, et produire le rapport final avec des recommandations. Nous avons bénéficié du soutien d'expert de bloomUp (anciennement The Shift), cabinet de conseil suisse spécialisé dans la durabilité du sport, qui a notamment apporté sa contribution et son expertise sur la mesure de l'empreinte carbone et de l'impact, et nous a aidés à entrer dans le concret ; l'un de ses experts a participé aux évaluations.

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2. Construire l'outil d'évaluation : 48 indicateurs

La première étape a consisté à transformer les indicateurs du système UEFA en une grille d'évaluation adaptée au contexte belge. Nous sommes partis de la liste UEFA, nous l'avons complétée d'éléments spécifiques au pays, et nous avons attribué à chaque indicateur un facteur d'impact (élevé, moyen, faible) pour permettre la priorisation. Le résultat : 48 critères répartis en trois piliers, 24 pour l'environnement, 14 pour le social et 10 pour la gouvernance.

Le principe de notation est simple : chaque critère est évalué « oui », « partiellement » ou « non », et le poids de son facteur d'impact donne le nombre de points. Une seule feuille consolide les résultats pour l'ensemble de l'événement, avec un tableau de bord par pilier. Une fois construite, une telle grille peut devenir le modèle d'évaluation des événements suivants d'une organisation, et servir de base de comparaison d'une édition à l'autre.

La grille d'évaluation : 48 critères, une source, un facteur d'impact et un résultat par ligne.
La grille d'évaluation : 48 critères, une source, un facteur d'impact et un résultat par ligne.

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3. L'évaluation sur site : observer, interroger, mesurer

Pendant le tournoi, les 48 critères ont été évalués dans les quatre stades par trois moyens complémentaires :

Ce dispositif a un mérite que je recommande à tout organisateur : il donne une photographie objective, stade par stade, plutôt qu'une impression générale. Et il révèle les écarts entre sites, qui sont souvent la vraie information.

Module d'introduction à la durabilité pour le personnel et les bénévoles avant le tournoi.
Module d'introduction à la durabilité pour le personnel et les bénévoles avant le tournoi.

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4. Les activations : faire vivre la durabilité pendant le tournoi

Mesurer ne suffit pas ; un tournoi est aussi une occasion de sensibiliser des milliers de personnes. Plusieurs activations ont été déployées avec les bénévoles Because We Care :

Les ambassadeurs Because We Care et les 17 actions dans les stades.
Les ambassadeurs Because We Care et les 17 actions dans les stades.
Sensibilisation au plan Come Together contre le racisme et la discrimination.
Sensibilisation au plan Come Together contre le racisme et la discrimination.
Le Foot Festival inclusif.
Le Foot Festival inclusif.
Football pour amputés lors du Foot Festival.
Football pour amputés lors du Foot Festival.

Ce dernier point illustre quelque chose qui m'est cher : la durabilité d'un événement, ce n'est pas seulement les déchets et l'énergie. La sécurité des jeunes participants et l'inclusion des publics en font partie à part entière, et le système de l'UEFA les évalue d'ailleurs dans son pilier social.

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5. L'empreinte carbone : 683 tonnes, et surtout des enseignements

Le bilan carbone du tournoi, calculé sur toutes les activités financées, contrôlées ou influencées par l'organisateur, s'élève à 683,4 tonnes de CO₂, soit environ 30 kg par spectateur. Pour situer, c'est l'équivalent de la consommation annuelle de 73 Belges, et un ratio comparable à d'autres événements de jeunes (19 kg par spectateur aux Jeux olympiques de la jeunesse de Lausanne 2020, contre 94 kg pour un événement mondial). Le chiffre global compte moins que ce qu'il révèle :

Ce calcul a eu une conséquence très concrète. Sur la base du tonnage mesuré, l'UEFA a versé un montant par tonne de CO₂ émise, et l'organisateur pouvait choisir le projet financé par cette somme. Nous avons décidé de l'affecter à l'installation de fontaines à eau au Proximus Basecamp, le siège de la fédération : un équipement durable, utilisé quotidiennement, qui réduit la consommation de bouteilles en plastique à usage unique bien au-delà de la durée du tournoi. C'est un principe que je recommande volontiers : lorsqu'une compensation est prévue, l'orienter vers un investissement qui continue de produire un effet sur place plutôt que vers une contribution abstraite.

La leçon la plus utile est peut-être méthodologique : les données nécessaires au calcul ont été difficiles à collecter, parce que personne n'en avait la responsabilité explicite en amont. Décider avant l'événement qui collecte quoi (repas, nuitées, kilomètres, budget signalétique) est la condition d'un bilan fiable.

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6. Les résultats : 58 %, bien au-delà du niveau requis

Le tournoi a obtenu un score de 57,5 points, soit 58 %, là où l'exigence de l'UEFA pour un événement de jeunes est de 20 % (niveau 1 sur 5). Par pilier : environnement 22,5 points sur 52, social 19,5 sur 25, gouvernance 15,5 sur 23. Le pilote a donc dépassé les attentes, avec une performance particulièrement forte sur les aspects sociaux et de gouvernance, et une marge de progression nette sur la gestion et la mesure de l'impact environnemental.

Résultats par pilier : environnement 43 %, social 78 %, gouvernance 67 %.
Résultats par pilier : environnement 43 %, social 78 %, gouvernance 67 %.

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7. Ce qui a bien fonctionné, ce qui reste à améliorer

Le classement des constats par pilier est instructif : il montre où l'organisation était solide et où elle manquait d'outils.

Environnement

Ce qui a bien fonctionné : des installations cyclables bien équipées et accessibles à proximité immédiate des stades ; de nombreuses poubelles de tri, et aucun déchet en dehors ; des possibilités de réutilisation et de recyclage des matériaux.

Ce qui reste à améliorer : aucune promotion active ni incitation à utiliser les transports en commun, au-delà d'un message sur le site web ; un volume élevé de bannières et de signalétique à usage unique ; beaucoup de plastique à usage unique dans les zones de restauration, avec de fortes différences entre sites ; l'éclairage des stades utilisé en plein jour ; des goodies distribués dans les zones VIP.

Des installations cyclables bien équipées, à proximité immédiate du stade.
Des installations cyclables bien équipées, à proximité immédiate du stade.

Social

Ce qui a bien fonctionné : un parking suffisant et bien signalé pour les personnes à mobilité réduite, avec une navette ; une tarification accessible (4 euros par rencontre pour un adulte) ; la diversité du personnel et des bénévoles, dont des personnes issues du programme d'accueil des réfugiés ; des outils clairs contre la discrimination et un point de signalement ; l'audio-description lors de la finale ; le Foot Festival inclusif ; la nomination d'un responsable de la protection des enfants et des jeunes.

Ce qui reste à améliorer : un accès difficile pour les personnes à mobilité réduite dans certains stades (rampes, obstacles, escaliers), avec des écarts importants d'un site à l'autre.

L'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, un point fort dans certains stades et un axe de progrès dans d'autres.
L'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, un point fort dans certains stades et un axe de progrès dans d'autres.

Gouvernance

Ce qui a bien fonctionné : la formation du personnel et des bénévoles à la durabilité avant le tournoi ; l'intégration d'exigences dans les contrats des bénévoles ; l'enquête menée auprès de plus de cent spectateurs, et l'évaluation systématique des quatre sites avec une grille commune.

Ce qui reste à améliorer : des données très limitées pour le bilan carbone, faute de responsabilités de collecte définies en amont ; aucune communication publique des objectifs et des performances de durabilité de l'événement.

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8. Ce que j'en retiens pour tout organisateur

Ces enseignements dépassent le football et s'appliquent à tout tournoi, championnat ou événement sportif, quelle que soit sa taille.

Environnement

  1. Agir sur ce qui pèse vraiment. Les déplacements des spectateurs et la signalétique à usage unique représentaient l'essentiel de l'impact ; c'est là qu'une incitation ou une décision d'achat change les chiffres, bien plus qu'un message générique.
  2. Préférer l'incitation au message. Deux tiers des émissions viennent d'activités que l'organisateur ne finance pas directement : seules des mesures concrètes (navettes, billet combiné avec les transports en commun, covoiturage organisé) déplacent réellement les comportements.
  3. Orienter la compensation vers un investissement durable, comme les fontaines à eau installées au siège de la fédération, qui continuent de produire un effet une fois l'événement terminé.

Social

  1. Traiter le social avec le même sérieux que l'environnement. Accessibilité, inclusion, protection des jeunes, lutte contre la discrimination : c'est là que le tournoi a le mieux performé, parce que des actions concrètes avaient été préparées en amont.
  2. Vérifier l'accessibilité site par site. Les écarts entre stades étaient importants ; une visite préalable avec une grille commune permet de les corriger avant l'événement plutôt que de les constater après.
  3. Impliquer les bénévoles comme ambassadeurs. Les observateurs Because We Care ont à la fois alimenté l'évaluation et porté les messages auprès du public ; c'est un dispositif peu coûteux et très efficace.

Gouvernance

  1. Fixer un niveau d'exigence avant l'événement. Savoir qu'un événement de jeunes doit atteindre 20 % donne un cap clair à toute l'équipe ; on sait pour quoi on travaille.
  2. Mesurer avec une grille, pas avec des impressions. Une quarantaine d'indicateurs pondérés, évalués sur site, suffisent pour objectiver et comparer d'un site à l'autre.
  3. Attribuer la collecte des données à des personnes nommées, dès la phase de préparation. C'est ce qui a le plus manqué, et ce qui coûte le moins à corriger.
  4. Rendre compte publiquement. L'absence de communication des objectifs et des résultats était l'un des points faibles du tournoi ; un rapport court et honnête aurait suffi, et c'est exactement ce que recommande aujourd'hui le playbook de l'UEFA sur le reporting de durabilité.
L'équipe du comité d'organisation local sur la pelouse.
L'équipe du comité d'organisation local sur la pelouse.

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9. Ce que nous avons recommandé à l'UEFA

Le pilote s'est conclu par une réunion de retour d'expérience avec l'UEFA. Notre bilan : le système de management ESG est un outil pragmatique pour aider les organisateurs à progresser, et l'existence d'un niveau de référence par type d'événement guide clairement les comités locaux. Nos recommandations pour l'améliorer : consolider les indicateurs et uniformiser leur mode de mesure ; soutenir les comités d'organisation dans la collecte des données ; collecter et partager les résultats des événements précédents, pour la transparence et le partage de connaissances ; réfléchir à un système de notation standardisé et à la visualisation des résultats ; développer une formation d'introduction en ligne au système ; et envisager un modèle incitatif pour les événements. Plusieurs de ces pistes se retrouvent dans les outils que l'UEFA a publiés depuis.

Ce type de mission, de la conception de la grille d'évaluation au rapport final, en passant par la coordination des bénévoles et le bilan carbone, est précisément ce qu'Actitude 360 propose aujourd'hui aux organisateurs d'événements sportifs comme Sustainability Officer ou Safeguarding Officer.

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